Depuis quelques temps, Gabrielle se pose souvent la question de quelle image donnait-elle d'elle, la jolie petite bourgeoise parisienne ?
Papa est un riche entrepreneur à la tête d'une grosse boîte et maman est une héritière de la haute société mais surtout une inconditionnelle du shopping. Et moi, dans tout ça, je ne voyais pas plus loin que le bout de mon nez.
J'avais un avis bien à moi sur les personnes et les actions dites révolutionnaires, quelques stéréotypes du genre : les artistes sont tous des fainéants, l'écologie me passe au dessus et les problèmes d'argent m'insupportent. Autrement dit, à par ma petite personne, rien d'autre ne me passionnait.
Vous avez dû remarquer que mon monologue était au passé car mon égoïsme a disparu le jour où je l'ai rencontré. Noé est le charme incarné, il a de grands yeux bleus, une guitare sur le dos et un pinceau dans la bouche. Mal fagoté, il aime se laisser rêver près de son lac de prédilection non loin de sa jolie mini maison : un peu tout ce que mon ancien moi pouvait détester.
C'était la toute première fois que Noé se risquait à Paris, mais cette exposition en valait la peine. Très heureuse de ma dernière acquisition inutile chez Gucci, j'avais presque oublié que le monde continuait de tourner. Lui toujours la tête dans ces peintures et moi trop préoccupée par une vitrine aguicheuse, le choc fut inévitable. Plus de peur que de mal, quoi que ? Prête à faire un nouveau scandale, je suis restée bouche bée devant la douceur son sourire. Il aurait pu faire n'importe quoi, je crois que je n'aurais pas bougé. Il ramassa mon sac d'un air gêné et ne sachant pas quoi dire pour se faire pardonner de ses maladresses, il m'invita à boire un café.
A cet instant, mon monde s'est réellement écroulé, j'ai pris un virage à 180° degré et je me suis mise moi aussi à rêver.
Papa est toujours un riche entrepreneur, maman est toujours une fan de shopping, mais moi, Princesse Gabrielle aux idées fermées, Noé me décrit aujourd'hui, comme une artiste passionnée.